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Tribune. C’est le début de la dixième semaine de confinement… et j’écris ces lignes à précisément 4 h 46 du matin. Mes insomnies s’aggravent. En période pré-Covid, j’avais en général une ou deux mauvaises nuits par semaine. Désormais, après soixante-trois jours de ce marathon confiné, je me réveille presque toutes les nuits au bout de trois ou quatre heures d’un sommeil agité, incapable de sombrer à nouveau dans ses profondeurs inconscientes. Alors, je me lève, je me fais une tisane, et je monte dans mon bureau pour écrire quelques heures. Ce matin, une idée m’a frappé : je suis en train de devenir un témoin expert de ce moment où la nuit s’ébroue et où une nouvelle aube s’étend sur ce coin de la Nouvelle-Angleterre que je considère comme chez moi.

Les écrivains sont bien sûr de notoires insomniaques. Charles Dickens arpentait la suie ténébreuse des nuits du Londres victorien avec une régularité quotidienne. Franz Kafka passait fréquemment plusieurs jours d’affilée sans dormir. Francis Scott Fitzgerald a écrit un essai (publié après sa mort) dans lequel il décrit la souffrance que lui procurait chaque jour la crainte que son esprit ne succombe pas au sommeil. Parmi mes camarades romanciers, le « syndrome de la nuit blanche » est presque un titre de fierté. Comme l’a dit ce barde de la mélancolie moderne, Leonard Cohen, « le dernier refuge de l’insomniaque est son sentiment de supériorité sur le monde endormi ».

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