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Après l’arrêt de la publication de la revue, le médiologue a eu l’envie d’écrire cette longue, et passionnante, adresse à son fondateur. Il en profite pour disséquer l’état de la vie intellectuelle en France.

En 1980, à la naissance de la célèbre revue, « le Nouvel Observateur » avait ouvert la première discussion entre Régis Debray et Pierre Nora. Des échanges nourris avaient suivi, publiés par « le Débat » pour son trentième anniversaire. Alors que ses fondateurs entendaient « en finir avec les idéologies » par un « retour à la raison », le philosophe médiologue lui reprochait déjà une certaine « mauvaise foi », au sens sartrien du mot, et de couper « sa science sociale avec des choix politiques précis, ceux de l’establishment intellectuel d’aujourd’hui, comme on coupe un bordeaux avec l’eau du robinet ». Quarante ans plus tard, « le Débat » n’est plus, mais la joute continue dans « l’Obs ». Riche d’enseignements sur l’esprit du temps. Marie Lemonnier

« La disparition d’un titre important a toujours une signification qui la dépasse. Ce n’est pas à nous de prétendre la fixer. Aux lecteurs de l’interpréter. » Mauvais herméneute mais lecteur fidèle, j’ai bien envie, mon cher Pierre, de te prendre au mot. Possédant tous les numéros du « Débat » version papier, ce bonheur d’antiquaire m’y autorise, à quoi s’ajoutent mes soucis de survivant. Un « tournant », dis-tu, que ce baisser de rideau. Il y a incontestablement du générationnel dans cet arrêt, qui en concerne plus d’un. Je m’en voudrais d’ajouter une larme à l’enterrement de première classe dont vous avez bénéficié, Marcel Gauchet et toi, d’abord parce qu’il vaut reconnaissance de vos mérites – vaillance, élégance et persévérance dans votre combat, un bail respectable dans la fugacité contemporaine –, mais surtout par la certitude que ce n’est pas un clap de fin. D’autres talents sont et seront là pour reprendre le travail, celui des affrontements par approfondissement et non par invective.

La France ne va pas s’arrêter de penser ni de débattre parce qu’un « Débat » remet son tablier. La vie intellectuelle a ses cycles, comme les jardins. Elle se métamorphose et recompose de saison en saison. On peut seulement se permettre un peu plus de précision dans le rendu d’une arrière-saison qui nous aura été commune, malgré nos angles de vue respectifs. La ligne Montesquieu-Tocqueville-Aron n’est pas exactement la mienne, tu le sais, non plus que l’aspiration du centre gauche (flanqué d’un centre droit, son allié naturel) à tenir le pupitre dans le concert des idées convenables. Peu importe. C’est une certaine façon de s’y prendre et de poser la voix dans les bagarres du jour qui est en jeu et ne va plus trop de soi.

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