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Par Christine Marcandier . La Demoiselle à cœur ouvert, troisième roman chez P.O.L de Lise Charles après La Cattiva (2013) et Comme Ulysse (2015) — et deux romans jeunesse, La princesse Caméléon et Le Murmure des sorcières —, s’offre comme un roman épistolaire 2.0., des liaisons dangereuses contemporaines. Octave Milton, écrivain en panne d’inspiration et pensionnaire de la villa Medicis, ingère et recycle tout ce que lui confient ses correspondantes. Entre manipulation et perversité, il (se) joue jusqu’au drame des désirs de l’autre et construit une ample machinerie fictionnelle aux effets bien réels.

Octave Milton ne sait plus quoi écrire. Son sujet, c’est son éditrice et ancienne amante Livia Colangeli, qui le lui suggère : un roman par lettres mais en ligne, mettant ses lecteurs en position de voyeurs. Le projet séduit l’écrivain qui le présente « dans le cadre du concours 2017-2018 à l’Académie de France à Rome ». La part vampirique de Milton est immédiatement perceptible : l’écrivain reprend quasi mot à mot ce que Livia lui a écrit pour présenter « ce projet » qui, certes, « s’inscrit dans la longue tradition du roman par lettres » mais « prendra une forme neuve celle d’une messagerie électronique véritable. Ce livre se lira en ligne. Le lecteur aura un mot de passe, se connectera à une messagerie ». Là les mails apparaîtront progressivement, et le lecteur sera maître de son rythme de lecture, de l’ouverture ou non des pièces jointes, de décider de lire ou non les messages les plus anodins. La participation du lecteur est paradoxale, à la fois active et soumise puisque son interaction se cantonne à cette position de voyeur, il ne peut pas intervenir dans le flux des mails et ce qui s’échange. La lecture de La Demoiselle à cœur ouvert sera bien entendu plus linéaire même si rien n’interdit les pratiques plus capricantes.

Lise Charles, La Demoiselle à cœur ouvert, P.O.L., août 2020, 352 p., 21 € — Lire un extrait

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