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Par Serge Cabrol. À New-York, en 1997, Cécile a suivi les cours de Serge Doubrovsky, « le pape de l’autofiction » selon l’expression consacrée. Quand on parle d’autofiction, on pense souvent à Annie Ernaux ou Philippe Vilain mais c’est bien Serge Doubrovsky qui, le premier, a employé ce mot dès 1977 pour évoquer son roman, Fils.
Cécile nous fait partager la relation parfois étroite, parfois plus distendue, qui s’est instaurée entre l’enseignant et l’étudiante pendant une vingtaine d’années.

Elle a découvert l’écriture de Doubrovsky par un roman épais et d’un abord complexe, Le livre brisé. Alors qu’elle cherchait ses livres sur la dialectique ou la critique, le hasard lui a mis entre les mains un roman où il racontait sa vie et même la mort de sa femme, un roman dont l’écriture est un choc pour la jeune étudiante.
« J'étais sortie avec ce livre dans mon sac, et je me souviens de la déflagration des premières pages, lorsque j'étais rentrée chez moi. Vingt premières pages impossibles, insurmontables tellement elles étaient loin de la bienséance du théâtre classique dont le grand critique était pourtant l'expert. Ce rythme saccadé, ces jeux de mots, ces phrases qui se succédaient sans une virgule, sans même un point, sans une respiration, les majuscules soudain, et puis les longs blancs sur la page, les abysses, le brutal, enfin la densité encore, étouffante et opaque, tout cela m'avait giflée, bousculée, tout cela m'avait repoussée. J'allais abandonner. »
Mais elle s’accroche, elle insiste, accepte les contraintes de cette écriture à la fois souple et violente.
C’est bien l’écriture qui est au cœur du roman de Cécile Balavoine, comme elle a été au cœur de sa relation avec Doubrovsky. L’écriture du maître et celle de l’élève qui envisage d’écrire elle aussi.

 

Cécile Balavoine, Une fille de passage. Mercure de France (Mars 2020). 240 pages - 12,50 €. Version numérique 13,99 €.
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