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Professeure de lettres classiques en banlieue parisienne, Delphine Girard, Agrégée de lettres classiques,  décrit, dans une tribune au « Monde », comment le fait d’enseigner Voltaire déclenche dans ses classes des débats « parfois houleux, mais possibles », quoique plus durs depuis janvier 2015.

Tribune. La première fois qu’un élève m’a lancé « Mais madame, vous n’avez pas le droit de nous dire ça ! », j’ai souri. Je devais avoir 25 ans, j’enseignais pour la deuxième année de ma jeune carrière dans un lycée professionnel de Meaux (Seine-et-Marne), et je ne voyais pas de dimension politique dans cette réaction : j’étais face à une classe de 1re STI [sciences et technologies industrielles] assez dure, à 80 % de garçons, et je ne m’attendais pas à autre chose lorsque avec l’impudence de ma jeunesse (d’aucuns aujourd’hui diraient l’inconscience), je leur présentai cet extrait de Zadig, dont j’expliquai que Voltaire, par son jeu d’hyperboles ridicules, tournait en dérision les rites et croyances d’une religion orientale lointaine derrière laquelle se cachait à peine le catholicisme, « et avec lui toutes les religions révélées », ajoutai-je, histoire d’insister un peu…

Ainsi, expliquai-je, lorsque l’auteur dit : « Le grand Dieu du ciel et de la terre, qui n’a acception de personne, ne fait pas plus de cas de la jambe gauche que de la jambe droite », quand il s’agit d’entrer dans un temple, il suggère donc que si l’on croit que Dieu existe, il est forcément au-dessus de ces questions dérisoires touchant aux petits rituels des hommes (manger ceci et non cela, prier à cette heure-ci, jeûner cette semaine-là…), qui tous lui sont également ridicules et indifférents.

 

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