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Parce que l'assassinat de Samuel Paty dans l'exercice de sa profession d'enseignant d'histoire-géographie interroge sans détour son propre métier de professeur des universités, ses travaux, la nature de son enseignement et de ses recherches, Julien Loiseau revient pour Entre-Temps sur son parcours et redit, avec force, les principes de son travail d'historien.

Je ne connaissais pas Samuel Paty, je ne sais de lui que ces bribes de vie qui s’égrènent en ligne depuis qu’il a été sauvagement assassiné le 16 octobre 2020. Je ne connaissais pas Samuel Paty, mais nous avions le même âge et nous faisions, quoi que dans des conditions qui se sont profondément éloignées les unes des autres depuis deux décennies, le même métier d’historien. Je ne connaissais pas Samuel Paty, mais j’ai appris qu’il s’était rendu il y a peu à l’Institut du monde arabe, à Paris, pour une journée de formation à l’histoire et à la culture arabes. Que représentait le monde arabe pour Samuel Paty, quelle image s’en était-il forgée ? Je ne peux répondre pour lui mais je répondrai pour moi, car nous avions le même âge et faisions le même métier, et que la noire violence qui lui a ôté la vie, je la prends aussi pour moi, à titre personnel.

Nés en 1973 : l’année où le premier choc pétrolier a fait entrer dans l’imaginaire collectif le cliché de ces émirs du Golfe riches à ne plus savoir qu’en faire : c’est Bernard Blier dans Pétrole ! Pétrole ! (1981). La crise économique devait bien vite faire passer au second plan le conflit qui l’avait précipitée, la guerre, Guerre d’octobre ou Guerre du kippour selon que l’on vit au Caire ou à Jérusalem, qui devait conduire cinq ans plus tard au premier accord de paix entre un pays arabe – l’Égypte, qui pesait déjà environ un quart de la population du monde arabe – et Israël. Un accord de paix qui devait aussi armer le bras des assassins du président égyptien, Anouar el-Sadate, tombé en 1981 sous les balles d’une organisation terroriste, le Djihad islamique égyptien. Je me souviens, enfant, de l’élégante silhouette d’Anouar el-Sadate au journal télévisé, victime d’une idéologie dont on ne mesurait pas encore la globalisation à venir ni ce qu’elle devrait à l’argent des monarchies de la péninsule Arabique, mais dont on savait déjà que l’État égyptien l’avait laissée prospérer pour mieux lutter contre ses adversaires du moment, communistes et nassériens.

 

 

 

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