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Paru dans lundimatin#262, le 9 novembre 2020. « Je vais jouer au foot avec la tête de tes parents d’abord, et avec la tienne ensuite »  : tel est le contenu des lettres que reçoit Cesare Battisti au Centre Pénitentiaire de Rossano, en Calabre. Ce sont curieusement les seules lettres qu’il reçoit puisqu’une censure stricte s’est abattue sur le reste de son courrier. Pourvu qu’on ait un peu suivi ses vicissitudes sur lundimatin, on sait qu’après avoir été enlevé en Bolivie dans des circonstances exorbitantes du droit international et montré comme un trophée de chasse à son arrivée en Italie, Cesare a été incarcéré dans la prison sarde d’Oristano sous le régime de surveillance spéciale réservé aux terroristes.

 

Cette classification comme « terroriste » était évidemment absurde dans son principe : voilà 40 ans que Cesare avait, dans ses écrits comme dans sa pratique, rompu avec l’activité politique armée qui lui avait valu ses condamnations. Mais, dans la prison sarde qui n’était pas équipée pour ce régime de détention, cette absurdité s’est traduite très concrètement par un isolement total et diverses tracasseries, telle que l’obligation de choisir entre manger et se promener. C’est contre cela qu’il avait entamé une grève de la faim en réclamant d’être traité comme un détenu ordinaire. A la suite de quoi il a été transféré dans la prison calabraise de Rossano.

Là, l’absurdité, loin de reculer, a atteint des sommets. Dans cette section où sont détenus 18 condamnés pour terrorisme islamiste, qu’il n’est pas question pour lui de fréquenter, on lui a notifié une mesure de censure officielle du courrier pour les motifs suivants : « appartenance au groupe subversif armé PAC et une intense activité épistolaire de claire connotation subversive ». Or, comme l’a fait remarquer Cesare au Tribunal de surveillance de Catanzaro : le groupe subversif Pac « s’est éteint en la lointaine année 1979 et tous ses anciens membres sont aujourd’hui en liberté. » Quant à la supposée activité épistolaire, il faisait remarquer que, n’ayant jusque-là jamais été soumis à une mesure de censure légale, les autorités ne devraient pas être au courant de son contenu. « Mais si au contraire par correspondance  » ajoutait-il, « on entend les articles à contenu juridique et socio-culturel que [Cesare] a écrits et rendus publics en toute légalité par des moyens de communications tout aussi légaux  », encore faudrait-il que les autorités démontrent leur caractère délictuel, ce qu’elles se sont bien gardé de faire.

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