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Par Maxime DesGranges. Paru en 1923 en Autriche et republié par Rivages Poche en 2016, Bambi n’a pas grand-chose à voir avec le film qu’en a tiré Disney. Profitons donc de la sortie de l’album de Benjamin Lacombe pour nous pencher à notre tour sur ce texte, une étonnante redécouverte.
Fut un temps où les Munichois ne se rendaient pas seulement sur la Königsplatz pour profiter de son ignoble fête foraine, comme aujourd’hui. Ils y pratiquaient une activité beaucoup plus noble et riche de sens : brûler des livres. Parmi les victimes de ces autodafés : Bambi, L’histoire d’une vie dans les bois, prétendue allégorie du sort des Juifs en Europe, selon les Nazis (mouvement extrémiste allemand des années 1930, précisons pour les bacheliers 2020).
Certes, Felix Salten était un fervent partisan des thèses de Theodor Herzl et une figure importante de l’intelligentsia juive viennoise du début du siècle, mais ce serait sans doute une erreur de réduire Bambi à un simple roman à clés, comme l’indique d’ailleurs Maxime Rovere dans son instructive préface. Si le livre est chargé d’une atmosphère menaçante, d’angoisse diffuse sur fond de lutte pour la survie qui peut évoquer celle de l’entre-deux guerres, de surcroit dans une Vienne tenue longtemps par l’antisémite Karl Lueger, c’est aussi une observation sensible et poétique de la nature digne, à certains égards, du Walden de H.D. Thoreau. Et le fait que la nature soit évidemment sans pitié n’y enlève rien. La beauté peut éclore aussi dans la terreur.

 

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