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Propos recueillis par Gérard Bouvier. 

Olivier Martin, alumni, sociologue et statisticien, vient de publier « l’empire des chiffres ». Son ouvrage se structure en deux grandes parties. Il s’agit d’abord d’une enquête sur la quantification progressive des sociétés qui s’observe tant dans les rapports humains que dans les rapports de ceux-ci au monde. Les conséquences actuelles en sont alors tirées, avec l’analyse de la quantification comme fait social. On apprend les nombreux avantages de cette quantification dans l’organisation de nos sociétés, puis le lecteur est finalement conduit à réfléchir sur « le prix à payer ». L’auteur nous propose quelques clés d’entrée dans son livre dense et très documenté, au travers de l’entretien qui suit.

Variances : Tu viens de publier un ouvrage, L’empire des chiffres (éditions Armand Colin), dans lequel tu analyses la quantification du monde, sa mise en chiffres. Pourrais-tu préciser les grandes questions abordées dans ton livre ?

Je suis parti d’un constat simple et peu discutable : il suffit d’écouter la radio, de lire la presse (et pas seulement la presse économique), de surfer sur les sites web ou d’observer nos pratiques professionnelles comme nos vies plus personnelles pour prendre conscience de la présence massive de chiffres, de nombres, d’indicateurs, de mesures, d’indices ou encore de statistiques.

Mon propos est d’analyser les raisons de cette mise en chiffres du monde. Pour quelles raisons les sociétés et les individus en viennent-ils à quantifier la nature qui les entoure, les phénomènes économiques, les pratiques sociales, les propriétés individuelles comme collectives ? Pour quelles raisons cherche-t-on à mesurer l’intelligence, la croissance, le taux de chômage, le poids des biens qu’on échange, les surfaces des terrains qu’on achète, les états dépressifs, le temps qui passe, les distances, la qualité d’un bien et d’un service, ou encore la satisfaction des consommateurs ? On peut répondre que la quantification du monde rend des services. Dès lors la question est celle de la nature des services que la mise en chiffre nous rend. Et on sent bien, comme statisticiens, que la réponse consistant à dire que cela est né d’une quête de connaissance n’est pas la seule raison qui pousse à mesurer. Quels sont les autres motifs ?

 

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