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Par Jean-Louis Jeannelle. La libération de la parole des femmes dans le monde rebat les cartes de la création littéraire et de la réception des textes. Au risque, s’inquiète la chercheuse Hélène Merlin-Kajman, de lectures anachroniques.

Certains n’y verront que ­disputes de sorbonnards. D’autres se réjouiront qu’un poème qu’André Chénier écrivit à 18 ans, en 1780, puisse encore déchaîner les passions. Comment cette très conventionnelle pastorale, L’Oaristys, où le ­berger Daphnis presse verbalement et physiquement la jeune Naïs à s’adonner aux joies de l’amour, a-t-elle pu préoccuper une cinquantaine de candidats à l’agrégation de lettres en 2017, au point de les conduire à interpeller le jury sur le sens exact à donner à ces 88 vers de facture néoclassique ? Dans les refus répétés que Naïs oppose à son compagnon, les enseignants se préparant au concours identifiaient une scène de séduction aux codes bien connus ; dans leur lettre ouverte, les candidats (candidates en ­majorité) reconnaissaient pour leur part une scène de viol.

A l’époque, Hélène Merlin-Kajman, qui enseignait la littérature du XVIIe siècle à Paris-III-Sorbonne-Nouvelle, adopta dans un court billet publié sur le site Transitions une position prudente, réservée à l’égard d’une telle actualisation du poème. Sept des signataires l’accusèrent alors, en avril 2018, de se refuser à « voir le viol » : puisqu’il y a bien viol à partir du moment où l’acte sexuel est non ­consenti, ne pas nommer l’évidence ­revenait à se faire complice des violences faites aux femmes aux yeux de « futur.e.s professeur.e.s » pour qui il s’agissait avant tout de ne plus « perpétuer implicitement une culture du viol ».

« La Littérature à l’heure de #metoo », d’Hélène Merlin-Kajman, Ithaque, « Terra incognita », 160 p., 18 €.

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