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Par Myriam Desvergnes. La lecture de ce roman est un contrat de départ. Si vous acceptez de ne pas comprendre tout de suite où vous êtes, mais que vous consentez à découvrir ce qui se passe dans la maison, vous tiendrez la longueur (1088 pages). Un livre envoûtant, sombre, que l’on a du mal à quitter. Une œuvre unique.

Lorsque Fumeur chausse des baskets rouges neuves, le débat naît chez les Faisans et son insolence lui vaut l’exclusion. Il est alors transféré dans le dortoir du quatrième groupe, avec Sphinx, Lord et Chacal Tabaqui. Certains sont comme lui des « roulants ». Désormais, de nouvelles règles et de solides amitiés s’offrent à lui. Certes, le vocabulaire employé surprend au début : pas de description ou d’explication, nous sommes plongés directement dans l’univers de Mariam Petrosyan. Un univers unique, puisqu’il s’agit de son seul roman, jusqu’alors.

Dans la maison, appelée « La Grise », les enfants laissent leur nom et sont désormais identifiés par une caractéristique : ainsi, Fumeur, Noiraud, Gros Lard, Sphinx, Chacal appartiennent au même groupe. Ils se catégorisent eux-mêmes : les « roulants » sont en fauteuil, les « marcheurs » sont sans bras…
L’environnement n’est pas gai. Pourtant, la vitalité est partout dans ce roman.
Les groupes, ce sont certes des groupes de niveaux scolaires, mais aussi des dortoirs, des lieux qu’ils organisent eux-mêmes. Ils profitent de l’absence des éducateurs ou des enseignants qui les laissent à l’abandon, manifestent une cruauté qui rappelle le récit Sa majesté des mouches. Confrontés à leurs propres règles de vie, ils évoluent dans la crasse, l’alcool, la brutalité et leurs propres codes d’honneur.

Celles et ceux qui habitent la Maison sont malades ou handicapés, différents et cabossés par l’existence. De cette différence, ils tirent leur singularité, au sein de clans marqués par l’animalité. Entrés dans ce lieu durant l’enfance, ils n’en sortent qu’à dix-huit ans. C’est le moment où ils se volatilisent. Cette disparition n’est pas attendue, mais redoutée, car au sein de cet endroit, on se complaît dans l’adolescence, dans les rencontres et les discussions philosophiques.

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