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Par Gladys Marivat. Histoire d’un livre. Il a fallu que l’écrivaine se pose la question de la transmission à ses fils pour se lancer dans ce roman d’une famille exilée d’Algérie en 1962.

On peut porter un récit en soi une vie durant, l’oublier sous d’autres livres avant qu’un jour il ne frappe à notre porte matérialisé sous la forme d’une valise. Celle que le père d’Olivia Elkaim lui apporte un jour de février 2018 est noire, flambant neuve et déborde de documents. Plus tôt dans la matinée, l’écrivaine et journaliste à l’hebdomadaire La Vie lui a passé un coup de fil : « Papa, je veux que tu me parles de l’Algérie. » En plein divorce, elle se sent « à côté de [ses] mots », et se pose la question de ce qu’elle va transmettre à ses deux enfants. Un récit familial tronqué. La peur panique au moment de refaire ses papiers d’identité. La crainte de se retrouver soudain apatride, comme cela est arrivé à ses grands-parents sous le régime de Vichy.

La mention « Juif indigène »

Quelques heures après avoir raccroché, son père est sur le palier de son appartement. Comme s’il attendait son appel depuis longtemps. Ils ouvrent la valise ensemble. A l’intérieur se trouvent des albums photos montrant le quotidien de cette famille juive algérienne depuis des siècles, exilée en « France métropolitaine » au moment de l’indépendance, en 1962 ; la carte d’identité de l’arrière-grand-père Joseph, né en 1874 à Relizane, à l’est d’Oran, et portant la mention « Juif indigène » ; des articles que son grand-père Marcel a découpés dans Ouest-France quand il s’est installé à Angers avec sa femme Viviane et ses fils ; un extrait du Bulletin officiel de 1958 où son aïeul a encadré en rouge la référence de son atelier, comme pour ne pas oublier : « El Kaïm (Marcel). Français. Tailleur à Relizane. 11, rue du Fortin. » Enfin, le Guide d’indemnisation des rapatriés, ainsi que des vidéos tournées par son père lors de ses voyages à Relizane en 2009 et en 2011. Dans une valise, l’histoire d’une famille qui a fui l’Algérie, sa vie elle-même empaquetée dans une valise.

« Le Tailleur de Relizane », d’Olivia Elkaim, Stock, 352 p., 20,90 €, numérique 15 €.

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