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Par Steven Sampson. Fracture, qui a valu à Eliza Griswold le prix Pulitzer 2019, est le fruit de sept ans d’investigations et de recherches dans les Appalaches. Cet essai, d’une précision et d’une humanité époustouflantes, raconte le calvaire des habitants des collines d’un coin perdu de Pennsylvanie, à la suite de la dégradation environnementale occasionnée par la fracturation engagée pour obtenir du gaz de schiste.  

Au XXe siècle, Adorno s’est demandé s’il était encore possible d’écrire de la poésie après Auschwitz. Aujourd’hui, le massacre environnemental suscite des interrogations similaires. Sans minorer l’importance des souffrances mises en scène dans divers romans contemporains, on est tellement terrifié par la violence terrienne que, une fois ce livre fermé, on a du mal à concevoir d’autres lectures. Si l’on détruit la planète, à quoi servent les textes ?

Les moins de trente ans – pourtant nettement moins littéraires que leur aînés – semblent en avoir conscience : ils sont friands des livres, des films et des séries « dystopiques », terme inconnu des générations précédentes. Il s’agit souvent d’univers post-apocalyptiques, où la Terre devient inhabitable. Le problème avec ce genre artistique, c’est qu’on se complaît dans la mise en scène de la dévastation. Or, il n’y a rien de complaisant dans l’essai d’Eliza Griswold : l’apocalypse, c’est now ; et ce n’est ni beau ni excitant.


 
Eliza Griswold, Fracture. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Séverine Weiss. Éditions du Globe, 416 p., 22 €
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