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Par Christian Rosset. Samuel Beckett disait d’Emmanuel Bove qu’il avait le sens du détail touchant. Il me semble qu’on pourrait reprendre cette remarque au sujet de Peter Handke, et pas seulement parce que ce dernier a traduit en allemand plusieurs textes de l’auteur de Mes amis. Encore faudrait-il préciser que “touchant” n’est pas à prendre selon l’acception sentimentale du mot, mais de la manière la plus matérialiste qui soit. Cela nous touche comme une main amie peut concrètement nous toucher, par surprise : on le sent physiquement, comme on le ressent émotionnellement.

La voleuse de fruits est un roman de près de 400 pages découpé, non en chapitres, mais en paragraphes de longueurs diverses séparés par des blancs, ce qui en rend la lecture agréable, car on peut l’arrêter et la reprendre comme on le sent, au gré de ses humeurs ou des urgences du jour. Handke ne se dit pas musicien, mais il est sensible au son, même s’il est généralement perçu tout d’abord comme un homme au regard aiguisé. Son écriture est musicale, suivant plutôt des modes anciens – voire oubliés. Et peut-être faudrait-il parler plutôt de sensibilité au silence. “Le calme qui régnait maintenant, privé de tout bruit, me parvenait comme un silence – une façon de se taire. Ce n’était pas le silence des espaces infinis qui avait effrayé Blaise Pascal, mais un silence que seul l’espace irradiait maintenant, oui.”

Peter Handke, La Voleuse de fruits ou Aller simple à l’intérieur du pays, traduit de l’allemand (Autriche) par Pierre Deshusses, relu par l’auteur, Gallimard, novembre 2020, 400 p., 23 €

Peter Handke, Les Cabanes du narrateur, Œuvres choisies (Les frelons – L’angoisse du gardien de but au moment du penalty – Le malheur indifférent – L’heure de la sensation vraie – La femme gauchère – Lent retour – La leçon de la Sainte-Victoire – Le recommencement – Essai sur le juke-box – Par une nuit obscure je sortis de ma maison tranquille – Lucie dans la forêt avec les choses-là – La Grande Chute – Conférence du Nobel), trad. d’Anne Gaudu, Marc de Launay, Georges-Arthur Goldschmidt, Olivier Le Lay, Claude Porcell, Gallimard “Quarto”,novembre 2020, 1152 p., 26 €

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