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Par Christine Bini. Un recueil de nouvelles est un monde homogène présenté en fragments solides. C’est l’unité des textes qui fait sens et donne la clé de déchiffrement. Dans Poissons rouges et autres bêtes aussi féroces, Ella Balaert, malicieusement, choisit l’angle animal pour décrypter le monde réel. Le choix des mots a son importance, et d’ailleurs, dans les différentes nouvelles, les mots sont souvent mis en avant, pour leur rareté ou leur euphonie. Et les prénoms aussi : une Ophélie perdue, une Amélie épousée, pour poursuivre le rêve de créer la Rosalie parfaite, par exemple – nous reviendrons sur cette nouvelle étonnante, remarquable, intitulée « L’Araignée ». Le choix des mots a donc son importance, les « bêtes » ne renvoient pas directement aux animaux et à leur animalité, et « féroces » n’est pas synonyme de cruelles… Ella Balaert a choisi de placer son recueil sous l’ombre tutélaire d’Edgar Allan Poe, l’écrivain se faufile dans les nouvelles, ouvertement ou camouflé, mais réduire l’ouvrage à un démarquage serait faire fausse route, et fausse lecture, me semble-t-il.

Dix-sept nouvelles composent le recueil, d’ampleur variable. Le texte situé au mitan – le neuvième, donc – est intitulé « La Chienne de chasse » et s’appuie sur deux motifs sur lesquels je voudrais insister, qui me semblent donner la mesure intrinsèque de l’ensemble. Regardons l’argument : une chasseuse de tête tente de débaucher un cadre. Elle n’aime pas le mot « chasseuse », qui rime avec « tueuse » et lui préfère celui de « chasseresse », qui rime avec « déesse ». Sauf que, bon… je n’en dis pas plus, mais la dame chasse bel et bien un gibier d’entreprise. L’héroïne de cette histoire féroce et non cruelle est ancrée dans une réalité économique et sociale, elle exerce une profession moderne. Elle est aussi en relation avec une certaine Léonor – salut !, au passage, cher Edgar Allan Poe – qui est enceinte. L’héroïne de cette histoire très féroce a grandi avec ses chiens, elle allait dormir avec eux dans le chenil, sans que ce soit une punition, son père n’en savait rien. Il faut dire que son père était bien occupé à tabasser sa mère… Dans le texte central d’un recueil de nouvelles, il se passe toujours quelque chose qui se répartit harmonieusement sur la première et la deuxième partie du livre. Ici, deux motifs : le corps des femmes, l’attitude des hommes.

Ella Balaert, Poissons rouges et autres bêtes aussi féroces, nouvelles, éd. des femmes, octobre 2020, 188 pages. 15 €

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