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Par Jean-Acier Danès. Mais de Stephanie Land est un tapis roulant sur lequel on a posé un vase : le rêve américain. Parfois le tapis se fige, le mécanisme pousse dans le vide et nous pouvons un peu mieux observer ce vase. Certes, il présente de nombreuses fêlures et, par ces failles, le lecteur devine la solitude, la difficulté d’accès aux soins, la misère obnubilée de pauvreté. Ce vase semble aujourd’hui creux et pourtant le rêve américain est toujours là, il bouge, il nourrit, il anime, il motive.

Dans Maid, récit en trois parties, une femme talentueuse raconte sa difficulté à être mère, célibataire et extrêmement pauvre à Washington puis dans le Montana. Sans diplôme, réfugiée dans sa baignoire, Stephanie, qui fait le ménage pour gagner sa vie, craque. Elle pleure. Elle est usée des tickets alimentaires, des jugements, de la violence, des allocations ou des ordres militaires des propriétaires, de la fragilité de sa fille à cause de leur mode de vie. Elle est usée, aussi, de devoir nommer les maisons où elle officie « La maison Porno », « La maison du Clown », « la maison triste »… afin de se distraire en extrapolant à partir des petits objets laissés par les occupants des lieux, pour lesquels une femme de ménage n’est trop souvent qu’un prestataire fantomatique et interchangeable.

Stephanie Land, Maid, le journal d’une mère célibataire, traduit de l’anglais (USA) par Christel Gaillard-Paris, préface Barbara Ehrenreich, Éditions Globe, octobre 2020, 336 p., 22 €

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