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syngué sabour [sëge sabur] n. f. (du perse syngué « pierre », et sabour « patiente »). Pierre de patience. Dans la mythologie perse, il s’agit d’une pierre magique que l’on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères… On lui confie tout ce que l’on n’ose pas révéler aux autres… Et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu’à ce qu’un beau jour elle éclate… Et ce jour-là on est délivré.

Quelque part en Afghanistan ou ailleurs. Dans une ville en guerre, une femme veille son mari plongé dans le coma. L’homme, yeux ouverts et souffle régulier, est maintenu en vie tant par sa perfusion d’eau sucrée-salée que par les prières inlassables de sa femme. Elle cale sa respiration sur celle de l’homme, ses lèvres tremblent : elle prie, égrène son chapelet, scande quatre-vingt-dix-neuf fois l’un des noms de Dieu, « Al-Qahhâr, Al-Qahhâr, Al-Qahhâr ». Sa voix, d’abord ténue et hésitante, s’affirme : elle confie à l’homme endormi ses souvenirs, ses rêves avortés, ses doutes, ses angoisses, ses errances, ses peines, ses frustrations, ses rancœurs, ses colères… La somme irréductible de ses douleurs.

Atiq Rahimi, Syngué sabour, Pierre de patience, éd. Gallimard, coll. Folio, 2010 (2008), 137 pages, 6,40 €.

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