Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

C’est une plongée inédite dans les années 1970 que Liora Israël propose au moyen d’une sociologie des professions juridiques, et en particulier des avocats entre 1968 et 1981, dans À la gauche du droit. Cette sociologue du droit, dont la précédente monographie portait sur ces mêmes juristes mais cette fois au cours de la Seconde Guerre mondiale (Robes noires et années sombres. Avocats et magistrats en résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, Fayard, 2005), révèle et analyse en effet une histoire largement oubliée, celle de la manière dont le droit prit à gauche dans le « long 68 » : comment des juristes « a priori vecteurs d’un droit censé assurer la reproduction de l’ordre social ont cherché à se déprendre de ce rôle pour se faire les porteurs et les adjuvants de causes de gauche, voire révolutionnaires ». 🔸Par Philippe Artières

Si cet ouvrage est passionnant, c’est d’abord parce qu’il donne à lire un ensemble de pratiques qu’une histoire centrée sur le militantisme avait délaissées. L’autrice s’appuie sur les outils largement développés par les études américaines initiées par Scott Cummings du « social movement turn in law », mais aussi sur les travaux de Michael Pollak et sa sociologie des possibles ; la question est de « saisir des logiques d’action non seulement plurielles en raison de la diversité de leurs ancrages, mais aussi inscrites dans un moment de crise politique susceptible de remettre en cause les routines sociales et notamment professionnelles ». Il s’agit bien sûr de chercher à comprendre ce que l’événement 68 a fait au droit, mais aussi ce que le droit a fait à 68 et à ses luttes.


Liora Israël, À la gauche du droit. Mobilisations politiques du droit et de la justice en France (1968-1981). EHESS, coll. « En temps & lieux », 346 p., 25 €

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article