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Face à la catastrophe écologique, de nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour rouvrir les récits du changement climatique et y faire entrer les êtres, les peuples et les histoires qui en ont été trop absents. De l’écrivain indien Amitav Ghosh à l’activiste amazonien Ailton Krenak en passant par toute une nouvelle génération militante. 🔸 Par Jade Lindgaard

Cinq ans après, que reste-t-il de l’Accord de Paris sur le climat ? Une promesse, celle d’un engagement, et un symbole : l’acte solennel de la signature par 195 États du premier traité de l’histoire affichant l’ambition d’arrêter le dérèglement du climat. En établissant l’objectif de contenir le réchauffement « bien en dessous de 2 ° » et de poursuivre les efforts pour le réduire à + 1,5 °, l’Accord de Paris a consacré dans son texte l’idéal du dépassement des intérêts nationaux particuliers et de court terme. Ces deux chiffres de température, désormais répétés ad nauseam, peuvent sembler galvaudés aux oreilles du public. En réalité, ils impliquent des baisses très importantes d’émissions, et donc des changements fondamentaux dans nos systèmes de mobilité, d’habitat, de commerce. En ce sens, l’Accord de Paris fut l’esquisse d’une reconnaissance des communs, entendus dans leur sens le plus politique, comme l’ensemble des activités collectives de celles et ceux qui s’opposent à l’appropriation privée de biens essentiels et irréductibles : l’eau, l’air, les forêts, les mers…

Sans pouvoir de contrainte juridique, sans cibler des secteurs économiques précis, sans dégager suffisamment de redistributions financières entre riches et pauvres, l’Accord de Paris ne se donna pas les moyens d’accomplir son objectif. Il fut ainsi l’expression d’une immense faiblesse. Cinq ans après, les rapports scientifiques décrivent tous une accélération de l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, et en conséquence, de la hausse de la température globale. C’est l’échec de ce traité, prévisible mais non moins tragique.

Si cette première tentative diplomatique de sauver le climat fut défaillante, c’est pour une raison plus fondamentale que l’élection de Donald Trump ou Jair Bolsonaro et l’émergence de ce que certains appellent le « carbo fascisme ». Les dérèglements du climat confrontent l’humanité à des enjeux bien plus vastes que les seules émissions de CO2 : ses relations avec les autres espèces vivantes ; les rapports de domination sociale, genrée ou raciale ; la force du système capitaliste et du productivisme ; les héritages non soldés de la colonisation.

 

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