Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Riche anthologie de textes, du XVIe au XXe siècle, qui rassemble analyses philosophiques, témoignages d’archives, textes d’historiens, d’explorateurs, de romanciers, d’apologistes, de théologiens…

 

« La sainte fête de Noël donne lieu à de nombreuses superstitions. » Où donc ? « Chez les papistes aveugles. » Celui qui parle, on l’aura compris, est un piétiste luthérien. A ses yeux, les gens d’en face – égarés, ignares, subjugués, mystifiés… – se livrent à « d’ignobles mascarades » qu’il faut dénoncer. Parce qu’ils déforment tout, ne comprennent rien, perdent le sens commun, et nuisent ainsi à eux-mêmes comme aux autres. Le texte fut publié, en allemand, en 1642. Son auteur se nomme Freud, se prénomme Michael, et semble fort oublié.

Mais ce qu’il dit apprend beaucoup. Pas simplement sur Noël à cette époque ni sur les conflits issus de la Réforme, toutes choses lointaines. Il permet de comprendre que le diagnostic de superstition fonctionne d’abord selon un processus de séparation. De « notre » côté se tient la vraie foi, ou bien ses substituts : la raison, le bon sens, la science, la lucidité, la civilisation… Leur contraire, incarné par la superstition, avec son cortège supposé d’aveuglement, d’inculture, de crédulité et de primitivisme, fleurit chez « les autres ».

 

« L’Europe des superstitions. Une anthologie. XVIe-XXe siècle », sous la direction de Boris Klein, Philippe Martin et Sébastien Roman, Cerf, 552 p., 26 €, numérique 14 €.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article