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Par Marjorie Rafécas-Poeydomenge. « Pourquoi la vie possible est-elle plus séduisante que la vie ordinaire ? »

A mi-chemin entre le récit et l’essai, Adèle Van Reeth nous invite à poser un regard philosophique sur nos vies ordinaires, sur cette banalité du quotidien qui à la fois nous rassure et nous agace. L’ordinaire, cet étrange malaise nommé par Baudelaire « Anywhere out the world », ou encore ce sentiment visqueux si bien décrit dans La Nausée de Sartre, A. Van Reeth le confronte à la lumière de la philosophie américaine que l’on connaît peu en France. Ce livre est la possibilité d’une rare et délicieuse rencontre avec des philosophes américains atypiques et novateurs comme Ralph Waldo Emerson, Stanley Cavell, et Henry David Thoreau.

Le tête-à-tête chaleureux autour de sushis ordinaires entre Adèle Van Reeth et le philosophe Stanley Cavell rappelle l’ambiance loufoque des rencontres imaginées par Roland Jaccard dans Le Cimetière de la morale (PUF, 1995). Ces ambiances de cafés ou d’hôtels où le temps semble s’être arrêté pour laisser place à une discussion avec les plus grands esprits des siècles passés.

La différence est que Roland Jaccard nous fait voyager dans les profondeurs de la philosophie allemande, alors qu’Adèle Van Reeth nous offre un décor Midwest et décontracté pour se plonger dans la pensée de l’ordinaire. Nous sommes loin du regard lucide et extraordinaire de Schopenhauer « avec son habit démodé, son jabot de dentelle et sa cravate blanche, sa figure ridée et sèche » où « Le travail se lit » sur sa figure (Le Cimetière de la morale, R. Jaccard).

La vie ordinaire, Adèle Van Reeth, Gallimard, juin 2020, 187 pages, 16 €

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