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Deux ans après l’effondrement du pont de Gênes, le philosophe marxiste Anselm Jappe livre un réquisitoire contre le béton armé, matériau nocif qui concrétise à ses yeux l’abstraction du capitalisme. 🔸Par Ludovic Lamant.

Anselm Jappe s’est lancé dans l’écriture de son nouvel essai après l’effondrement en août 2018 du pont de Gênes. Si l’enquête judiciaire en Italie s’est centrée sur les négligences d’Aspi, une société qui gère la moitié des autoroutes du pays, le philosophe marxiste, spécialiste de Guy Debord, propose une lecture différente de la catastrophe : il y voit le signe de « l’obsolescence programmée » de ce pont en béton armé, inauguré en 1967.

Cette construction n’était « pas faite pour durer davantage, quoi qu’en pensent ses constructeurs », assure Jappe, convaincu que Gênes est un « avertissement », le signe avant-coureur d’autres effondrements. Et de prophétiser : « Si des millions de logements et de ponts, de digues et de routes, d’aéroports et de gratte-ciel révélaient, à un rythme croissant, qu’ils sont bâtis avec du sable et des armatures métalliques sujettes à la corrosion – ce qu’ils sont effectivement ? »

L’intérêt de Béton, arme de construction massive du capitalisme (L’Échappée, 2020) réside dans sa thèse radicale : Jappe, représentant en France de la théorie critique de la valeur (lire son entretien à Mediapart en 2017), fait du béton armé « le côté concret de l’abstraction capitaliste » (avec un jeu de mots bien trouvé, le béton se disant « concrete » en anglais). « Le pont Morandi constitue un cas d’école de l’hybris qui caractérise au plus haut point et à tous les niveaux l’anticivilisation capitaliste », écrit-il.

Anselm Jappe, Béton, arme de construction massive du capitalisme, L’Échappée, 2020.

Rudy Ricciotti, Le Béton en garde à vue – Manifeste architectural et théâtral, Textuel, 2020 (première édition 2015).

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