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Célèbre à l’étranger, cet esprit curieux de tout est enfin écouté dans son propre pays grâce à ses analyses sur la crise climatique. Il publie ces jours-ci « Où suis-je ? », une méditation sur le confinement. Enquête sur un phénomène intellectuel. 🔸Par Rémi NoyonXavier de La Porte et Eric Aeschimann 🔸

Un immeuble haussmannien, au cœur du Quartier latin. Les boutiques à touristes sont un peu plus loin, la rue est tranquille, on se croirait en province. Le philosophe français le plus influent au monde, dynamiteur des mythes modernes et penseur de la crise climatique, vit ici, au troisième étage. L’appartement est vaste, un peu sombre, haut de plafond et comme figé dans le temps. Le maître des lieux en a hérité de son grand-père, directeur à la SNCF, qui y habitait déjà avant-guerre. « C’est sûr que ce n’est pas avec mon salaire de prof que j’aurais pu vivre ici », explique-t-il avec un sourire amusé. Portant gilet et pantalon de velours, Bruno Latour a un côté « vieille France » qu’il se plaît à surjouer. Après tout, un de ses livres majeurs s’intitule « Nous n’avons jamais été modernes ».

Qui a dit que la pensée française était morte ? Depuis quelques années, la vie intellectuelle est en ébullition. De nouveaux thèmes s’imposent – climat, animaux, virus, réseaux numériques, ZAD… –, portés par une nouvelle génération dont la référence commune est ce monsieur au charme old school : Bruno Latour, 73 ans, sociologue, ethnologue, philosophe des sciences. Traduit en trente langues dont le mandarin, il a été classé en 2007 parmi les dix chercheurs les plus cités au monde en sciences humaines. Le nouveau maire de Lyon, Grégory Doucet, le cuisinier Olivier Rœllinger, l’écrivain Richard Powers, sont parmi ses lecteurs attentifs. Nicolas Hulot l’a décoré en 2018 quand il était ministre. Et d’innombrables chercheurs – dans le monde entier et dans des disciplines diverses – se réclament de son travail. « Où atterrir ? », son livre-manifeste paru en 2017, a élargi son public au-delà de la sphère académique. Son questionnaire sur « le monde d’après », élaboré lors du premier confinement, a été repris dans plusieurs villes de France. Star des campus américains depuis les années 1990, célébré par le « New York Times », le voici enfin reconnu dans son pays. Il a même été invité par Yann Barthès sur le plateau de « Quotidien » !

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