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Par Claire Devarrieux 🔸 Il faut se représenter ce que veut dire, pour une étudiante, être enceinte sans être mariée, et qui plus est d’un Noir, dans la Roumanie de début 1989 quand Ceausescu règne encore. «Elle faisait l’objet d’une enquête de police et d’une enquête sociale, un agent du gouvernement venait toutes les semaines essayer de la convaincre de renoncer à moi de son plein gré, et vers la fin de sa grossesse, il a frappé presque tous les jours à sa porte.» Les couples mixtes, s’ils veulent régulariser leur situation, doivent attendre des années. Leur entourage est harcelé. La milice peut s’inviter chez eux la nuit. Ajoutons ceci : le Conducator est en affaires avec les potentats africains. Les jeunes boursiers congolais apparaissent comme des nantis auprès des Roumains astreints aux tickets de rationnement.

Finalement, l’étudiante enceinte, Elena Abramovici, est devenue une enseignante brillante à l’université de Bucarest, après avoir accouché à Iasi, «dans la région moldave au nord-est de la Roumanie», d’une petite métisse, Nili Makasi. Le père, Exaucé Makasi Motembe, l’a reconnue mais il est reparti au Congo. Nili aura passé son enfance à le détester de l’avoir abandonnée. C’est elle qui raconte. La Mer Noire dans les Grands Lacs, premier roman d’Annie Lulu (née à Iasi d’une mère roumaine et d’un père congolais) est son monologue tour à tour poétique, lyrique et acerbe. Elle s’adresse au fils qu’elle attend, le baigne dans un flot de tendresse verbale qu’elle n’a pas connu enfant.

 

Annie Lulu La mer Noire dans les Grands lacs Julliard, 222 pp., 19 € (ebook : 12,99 €).

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