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Dans un livre lumineux, l’écrivaine revient sur ce séjour de l’écrivain et la critique du régime qu’il en tira, en 1936. Et sur son père, communiste jusqu’à son dernier jour, en 2012 🔸Par Florent Georgesco 🔸

Moscou, le 20 juin 1936. Au pied du tombeau de Lénine, sur la place Rouge, Staline, quelques pas en arrière, écoute André Gide (1869-1951) prononcer l’éloge funèbre du grand écrivain russe Maxime Gorki, mort deux jours plus tôt dans des conditions certes suspectes (il n’est pas absurde d’y voir la main du maître de l’Union soviétique), mais quelle importance ? Il ne s’agit au bout du compte que de produire des images, et la scène, à ce détail près, semble idéale, avec cette foule rassemblée, ce monument d’une solennité écrasante, ces apparatchiks recueillis autour de l’écrivain mort, incarnation d’autant plus exemplaire du génie du communisme que, désormais, on va pouvoir parler à sa place.

Oui, tout pourrait être parfait. Mais c’est Gide qui est au centre de la scène et si, sur la place Rouge, il tient sa part du spectacle, célébrant l’ère inédite que l’URSS aurait ouverte, il ne va pouvoir maintenir longtemps les apparences intactes. L’image se fissure déjà. Bientôt, elle volera en éclats. « Croire le dégoûte, écrit Cécile Vargaftig. Il aurait suffi aux communistes de lire les livres de Gide pour se douter qu’il ne jouerait pas le jeu de l’aveuglement. »

Derrière le décor de carton-pâte

En URSS avec Gide, le récit que l’écrivaine et scénariste consacre à cet épisode, raconte le voyage qui a amené l’auteur des Nourritures terrestres (1897) à cette tribune, dépeint son adhésion au communisme, son désir de connaître l’URSS de l’intérieur, déroule, étape après étape, le mécanisme de la désillusion, la montée de son effarement face à la réalité soviétique, à l’oppression, à l’écrasement de toute liberté individuelle qui se cachent derrière le décor de carton-pâte qu’on a monté pour lui.

« En URSS avec Gide. Mon journal », de Cécile Vargaftig, Arthaud, 258 p., 19,90 €, numérique 14 €.

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