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Ils forment le gotha de la « non fiction » et publient leurs reportages dans les plus grands magazines américains. Ces enfants de Truman Capote se racontent dans un livre passionnant 🔸Par Didier Jacob  

Evidemment il faut souvent payer de sa personne. Né en 1932, Gay Talese a écrit un best-seller sur un parrain de la mafia, des portraits de sportifs et de chanteurs (« Sinatra a un rhume »), un reportage sur une footballeuse chinoise. Pour les besoins d’une enquête sur les communautés nudistes en Californie (« la Femme du voisin »), il a fallu qu’il tombe la culotte, et s’en aille expérimenter lui-même des cabinets de massage très spécialisés. Et, pour Liu Ying, qu’il débarque chez sa mère. C’était en Chine, dans un logement minuscule où vivaient vingt-cinq personnes. Bingo : il y avait là la grand-mère de la joueuse de foot, qui portait encore les pieds bandés comme au temps d’avant Mao. Mais comment ce fin limier de Talese se débrouille-t-il pour être toujours au bon endroit, au bon moment ? Rien de bien sorcier. « Il faut y aller pas à pas, dit-il. Traîner dans le coin, rencontrer des gens, c’est tout. »

Déjouer la méfiance, favoriser la confidence. Tout un art évidemment. Autre Léonard de Vinci dans cette catégorie, Ted Conover a passé plus de temps sous les ponts qu’à son ordinateur. A force d’enquêter sur les clodos, il a fini par en avoir la dégaine. Il a franchi la frontière avec des clandestins mexicains, s’est fait embaucher comme gardien à Sing Sing, sans dire qu’il allait écrire sur le sujet. Son récit n’a pas obtenu le prix Pulitzer, mais il a servi de manuel d’évasion pour des prisonniers qui tentèrent de se faire passer, après lui, pour d’authentiques surveillants.

Gay Talese, à New York (Robyn Twomey/REDUX-REA)

Le temps du reportage, par Robert S. Boynton, traduit de l’anglais par Michael Belano, Editions du Sous-Sol, 690 p., 29 euros (en librairie le 4 février).

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