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Quatre ans après le magnifique « De l’ardeur », la romancière des « Idées noires » s’intéresse à un autre dissident syrien, l’écrivain Yassin al-Haj Saleh, dans un livre dense et nécessaire 🔸 Par Grégoire Leménager 🔸

Parce qu’il faut bien écraser l’infâme Daech, certains aimeraient oublier qu’en matière de barbarie criminelle contre l’humanité, le régime syrien de Bachar al-Assad a fait ses preuves aussi. Qu’il a torturé des adolescents, bombardé des hôpitaux, utilisé des armes chimiques contre sa population, poussé des islamistes forcenés à transformer une révolution démocratique en guerre civile (500 000 morts et 5,5 millions d’exilés en dix ans). Justine Augier ne l’oublie pas. Quatre ans après le magnifique « De l’ardeur » (prix Renaudot essai 2017), ce tombeau pour l’admirable avocate Razan Zaitouneh, la romancière des « Idées noires » complète son récit documentaire en s’intéressant à un autre dissident qui, lui, s’est exilé en Turquie puis en Allemagne. C’est l’écrivain Yassin al-Haj Saleh, dont la vie et la pensée méritaient bien ce livre dense, complexe, et nécessaire.

Pendant un an, Justine Augier l’a longuement rencontré à Berlin. Elle raconte comment ce garçon né près de Raqqa, ce communiste curieux qui étudiait la médecine à Alep, a été jeté en prison en 1980. Quand il en est sorti en 1996, le mur de Berlin était tombé, la première guerre du Golfe avait eu lieu, sa mère était morte. Il ne connaissait pas Damas. C’était « un homme de 36 ans qui est aussi un jeune homme de 20 ans ». En seize années de détention, il avait eu le temps d’apprendre un anglais que personne ne comprend, de lire Hegel, Bachelard et Edward Saïd, de se mettre à écrire. Il a continué. A lire « cent pages par jour cent livres par an ». A écrire sur le désastre de son pays, où ce grand fan de Hannah Arendt voit « une image de notre futur ». Même si, pour résumer son engagement, il dit simplement : « Ma politique s’appelle Samira Khalil. » Samira Khalil est le nom de sa femme, enlevée par des djihadistes en même temps que Razan Zaitouneh, en 2013.

Par une espèce de miracle, par Justine Augier, Actes Sud, 336 p., 21,80 euros.

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