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Amour de la littérature, sobre élégance : les éditions Gallimard jouissent d’un prestige sans faille, que symbolise la Pléiade. L’histoire de cette collection jette pourtant une grande ombre sur la vénérable maison 🔸 Par Thierry Discepolo 🔸

Sur quoi l’éminence des éditions Gallimard est-elle bâtie ? Très certainement sur la « Bibliothèque de la Pléiade ». Au début des années 1930, André Gide dut « insister près de deux ans » pour que Gallimard la rachète à son fondateur, Jacques Schiffrin, car personne alors n’y trouvait quoi que ce soit de « remarquable ». Dix ans plus tard, à l’incompétence succédera la rapine (1).

Né en 1892 à Bakou, héritier d’un docker ayant fait fortune dans l’industrie pétrolière, Schiffrin s’installe à Florence après que l’entreprise familiale a été nationalisée par l’État soviétique. Il y travaille pour l’historien Bernard Berenson, se forme à l’édition d’art, puis s’installe dans les années 1920 à Paris, où il crée les éditions de La Pléiade (en référence à un groupe de poètes du temps d’Alexandre Pouchkine). Son idée est simple : rendre disponibles les fondamentaux de la littérature mondiale dans un « format élégant et maniable », en rassemblant une « énorme quantité de texte sous une reliure souple en pleine peau » et sur papier bible. Soit une collection populaire mais de grande qualité, « quelque chose de commode, de pratique » et de relativement bon marché.

En septembre 1933, Schiffrin dirige donc chez Gallimard sa « Bibliothèque de la Pléiade ». Aux premiers volumes parus, dont les œuvres de Charles Baudelaire, Jean Racine, Voltaire, Stendhal, Edgar Poe, Pierre Choderlos de Laclos et Jean-Jacques Rousseau, succèdent, entre autres, celles de Michel de Montaigne, François Rabelais, Miguel de Cervantes, Honoré de Balzac, Blaise Pascal et William Shakespeare. Tout se passe pour le mieux. Jusqu’en août 1941, lorsque Schiffrin est « victime de l’antisémitisme de l’époque », conclut délicatement la Lettre de la Pléiade (1999, n° 2).

 

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