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Par Romain Rancière économiste 🔸 Comment renouveler notre compréhension d’A la recherche du temps perdu ? Dans Proust au noir, Fanny Daubigny propose la démarche radicale de partir d’un genre artistique totalement différent : le film noir américain. Le projet est déroutant. Mais c’est de ce décentrage que va émerger une analyse nouvelle. Comme le film noir, la Recherche est une enquête, une recherche de la vérité, un décryptage des signes. Comme le détective Philip Marlowe, le narrateur proustien n’est pas sûr d’être à la hauteur. D’abord, l’enquêteur et le narrateur appartiennent, en partie, au monde du sommeil - The Big Sleep est l’un des meilleurs films noirs. Dans le sommeil, les choses sont à la fois ordonnées - «Un homme qui dort tient en cercle autour de lui le fil des heures, l’ordre des années et des mondes» - et baignées dans la clarté obscure d’une lanterne magique. Mais pour espérer résoudre l’enquête, il faut d’abord se réveiller, comme le rappelle Vivian à Marlowe dans The Big Sleep. Se réveiller, c’est aussi faire face à un monde en plein basculement. Dans la Recherche, c’est l’affaire Dreyfus et puis la Grande Guerre qui changent les êtres, leur position morale, sociale, sexuelle et intellectuelle. Dans le film noir, qui émerge aussi après-guerre, le temps des héros et des vilains bien tranchés s’est dissous dans un monde interlope et brumeux.

 

Fanny Daubigny Proust au noir. Los Angeles : une fiction proustienne Passage(s), 96 pp., 15 €.

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