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On a salué l’auteur du « Portrait du colonisé », en 1957, avant de le tenir à l’écart. Son « Journal », qui paraît, peut lui redonner la place qui lui revient 🔸 Par Nicolas Weill 🔸

A la mort d’Albert Memmi, le 22 mai 2020, on a pu constater à quel point son œuvre suscitait, au Maghreb ou dans les milieux des études et des militants postcolonialistes, au mieux une sorte de gêne. Comme l’écrivain Kamel Daoud l’a souligné alors, l’hommage a été sélectif. On a salué l’auteur du Portrait du colonisé, tout en passant sous silence ses critiques adressées aux Etats-nations du Sud dans son Portrait du décolonisé, quand on ne s’est pas indigné de son pessimisme à l’égard des « printemps arabes » ou de son soutien à Israël. Comme si le carrefour entre les mémoires maghrébine, juive et française, qu’il avait incarné, s’était transformé en impasse pour la réception de son travail.

A l’ère des identités précédées par le préfixe « post » (postmoderne, postcoloniale, postsioniste…), qu’y a-t-il de si inconfortable dans la pensée de ce précurseur reconnu de l’anticolonialisme, au même titre que son contemporain, l’écrivain et poète Aimé Césaire ? Qu’y a-t-il de si gênant chez cet intellectuel qui a toujours combattu le racisme, au même titre que l’ethnologue et philosophe Octave Mannoni (1899-1989) ou que le psychiatre et militant Frantz Fanon – partisan de l’indépendance algérienne comme lui le fut pour la Tunisie ? Bref, pourquoi la place de Memmi est-elle si discrète au panthéon des études postcoloniales ?

« Les Hypothèses infinies. Journal 1936-1962 », d’Albert Memmi, édité par Guy Dugas, CNRS Editions, « Planète libre », 1432 p., 45 €.

 

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