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Un premier roman qui dit la brutalité des rapports sociaux au Maroc à travers le regard d’une adolescente déclassée. Par Violaine Morin 🔸

 

A quoi peut ressembler l’avenir d’une fille pauvre, dans un pays rongé par les inégalités ? A Casablanca, en 1994, Sarah, une lycéenne que tout le monde appelle « la Française », vit seule avec sa mère dans une maison en ruine accolée au grillage du bidonville. Elles sont arrivées quelques années plus tôt de la Côte d’Azur : un amoureux de la mère voulait monter une affaire au Maroc. Une fois sur place, l’amant s’est envolé, l’argent aussi, « et voilà ». Tant qu’elle n’est pas de l’autre côté de la grille, tout n’est pas perdu, pense Sarah quand elle croise Abdallah, l’enfant des rues qui vend des chewing-gums au détail et lui jette des obscénités par-dessus la clôture. Pour tromper la misère et l’ennui, Sarah fréquente une bande de jeunes du quartier cossu d’Anfa Supérieur. Avec eux, elle traîne sur la plage en fumant du kif et rêve de l’Amérique.

L’illusion de la richesse

Dans une société marocaine pétrie de convenances, chacun existe sous le regard d’autrui, celui des voisins, de la police, des plus riches que soi, et celui des hommes, évidemment, quand on a le malheur d’être une femme. Sarah marche deux heures aller et deux heures retour pour se rendre au lycée français. Prendre le bus avec les enfants de la classe moyenne, plutôt mourir. Elle fait le tour du bâtiment pour faire croire qu’elle a été, elle aussi, déposée par son chauffeur. Maintenir à tout prix l’illusion de la richesse, face aux héritières des grands industriels de « Casa », qui fréquentent le même lycée mais ne lui adressent pas la parole.

« Aussi riche que le roi », d’Abigail Assor, Gallimard, 208 p., 18 €, numérique 13 €.

 

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