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Au début des années 1520, le peintre allemand Albrecht Dürer se rend à Anvers chez l’un de ses commanditaires privilégiés, le marchand portugais João Brandão. Il y dessine, à la pointe et au fusain, deux portraits qui n’ont pas d’équivalent dans la production artistique de l’Europe de la première modernité.

Le premier est celui d’une jeune femme noire de vingt ans appelée Katherina, que le peintre nomme dans ses carnets « la maure » de Brandão. Elle est saisie à la fois dans la véracité de ses traits et dans celle de son statut social : son regard perdu, sa tête penchée en révérence et ses cheveux recouverts sont les signes d’un statut subalterne, peut-être d’esclave même si l’esclavage n’était pas autorisé dans les Pays-Bas du XVIe siècle. Outre les quelques mots inscrits dans les carnets du peintre, on ne connaît rien de plus à son sujet.

Le second portrait est plus singulier. Daté de 1508 (même si cette date est toujours soumise à débats), il s’agit d’un homme noir, anonyme, qui pourrait être le serviteur maure de Brandão dont Dürer parle à la date du 14 décembre 1520. Le peintre de Nuremberg s’attache à rendre la peau noire du modèle, les traits de son visage et notamment son nez et ses lèvres, ainsi que ses cheveux courts et frisés, autant de détails physiques construits comme caractéristiques du modèle noir à la Renaissance, notamment par Dürer lui-même (« Les visages des Maures sont rarement beaux en raison de leur nez très plat et de leur épaisse bouche » peut-on lire dans les carnets du peintre).

 

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