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Au-delà d'une linéarité renforcée, la frontière se présente comme un objet géographique particulier qu'il convient de repenser dans sa complexité 🔸Par Anthony Guyon et le regard du chercheur 🔸

Anne-Laure Amilhat-Szary revient ici, dans le cadre du Thème 3 de Première traitant des frontières, sur la place des frontières dans la mondialisation. Dans son récent ouvrage, elle montre que le paradigme frontalier ne peut être enfermé dans une logique binaire, au-delà de la frontière militarisée ou incarnée par le mur, elle révèle les mécanismes spatiaux structurant ces lieux.

Nonfiction.fr : Vous expliquez que les frontières sont autant un projet politique formalisé dans l’Europe westphalienne qu’un outil de domination économique. Si le premier point est assez bien connu, il est plus difficile de percevoir la frontière sur le plan économique. En quoi est-elle le fruit du capitalisme ?

Anne-Laure Amilhat-Szary : L’invention de la frontière est corrélée à celle de la propriété privée, de la fin des communs et de la fermeture des champs, jusqu’aux barbelés de la prairie de l’ouest états-unien. La frontière établit un périmètre au sein duquel on peut établir des normes et les faire appliquer, c’est donc un outil fabuleux de constitution et de régulation d’un marché.

Quand ce marché s’est avéré insuffisant, que ce soit en termes d’approvisionnement (colonisation, land-grabbing) ou de distribution (globalisation, baisse des tarifs douaniers), les même États qui avaient inventé les frontières se sont attribués le droit de les dépasser pour aller s’approprier des ressources ailleurs. Ces mécanismes que l’on dit d’« extra-territorialité » ne viennent pas après ou en plus, ou pour contredire le principe initial de souveraineté qui a toujours justifié l’invention des frontières. Ils mettent en évidence la flexibilité d’une institution comme la frontière, qui n’a rien de stable, contrairement à ce qu’une vision réaliste des relations internationales nous habitue à penser.

 

Géopolitique des frontières. Découper la Terre, imposer une vision du monde. Anne-Laure Amilhat-Szary2020. Le Cavalier Bleu. 216 pages. 19 euros
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