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Impressionnant ouvrage que cette Histoire universelle des ruines par son volume, ses riches illustrations, son format, et surtout par son érudition. L’auteur, l’archéologue Alain Schnapp, nous livre une véritable somme qui ne se contente pas d’être descriptive mais qui ouvre à une véritable réflexion sur les ruines, les rites et la mémoire. Il couvre non seulement toutes les époques jusqu’aux Lumières, mais étudie également la notion de ruines sur tous les continents. Y compris en des endroits supposés ne pas en détenir… Par Jean-Paul Champseix

D’emblée, Alain Schnapp évoque Chateaubriand qu’il considère comme celui qui a fondé une herméneutique de la ruine. Voyageur et breton, l’auteur du Génie du christianisme interroge ruines antiques, américaines et mégalithes. Il compare la ruine… et l’homme : « L’homme n’est lui-même qu’un édifice tombé, qu’un débris du péché et de la mort, son amour tiède, sa foi chancelante, sa charité bornée et ses sentiments incomplets, ses pensées insuffisantes, son cœur brisé, tout chez lui n’est que ruines ». Ce désespoir ne l’empêche nullement de déceler les trois oppositions fondamentales qui structurent l’idée de ruines : matérialité et immatérialité, nature et culture, mémoire et oubli – lesquelles oppositions vont traverser tout le livre d’Alain Schnapp.

La ruine se distingue du vestige et du décombre car elle est matérialité, mais également interprétation, juste ou non ; en cela, elle est toujours immatérielle aussi. Les alignements de Carnac, par exemple, ont suscité une explication naturelle lorsque l’on pensait qu’il s’agissait d’une formation géologique, ou mythique quand on y voyait l’armée de Merlin pétrifiée. La ruine est immanquablement « sémiophore », c’est-à-dire porteuse de sens, d’où l’importance des mots, de la poésie et des mythes. La ruine subit aussi un inexorable retour à la nature qui reprend ses droits sur l’édifice artificiel, comme Paul Claudel le constate à Angkor lorsque des racines remplacent les piliers du temple. 


Alain Schnapp, Une histoire universelle des ruines. Des origines aux Lumières. Seuil, 730 p., 49 €
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