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Ce n’est pas un récit juridique mais une approche décisive de la vérité que l’écrivain Yannick Haenel a entrepris durant trois mois et demi en suivant et racontant les audiences du procès des attentats de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l’Hyper Cacher. Accompagnés par les dessins de François Boucq, ces textes puissants que l’on a pu lire quotidiennement dans Charlie font désormais l’objet d’une publication aux éditions Les Échappés. Un véritable tour de force littéraire qui s’inscrit dans une œuvre rayonnante.  Yannick Haenel s’exprime dans un grand entretien sur une expérience aussi bouleversante pour lui que pour ses lecteurs. Première partie.

Comme vous évoquez à plusieurs reprises une transformation en tant qu’homme, un renvoi aux limites durant cette période, ma première question voudrait aborder le côté physique et corporel de l’écriture. Comment s’est imposée cette décision d’assister in vivo au procès des complices d’une attaque qui a visé un journal que vous avez rejoint justement après les évènements ? Est-il vrai que lorsque vous êtes entré dans la salle d’audience, c’était la première fois que vous mettiez les pieds dans un tribunal ? Comment, lorsqu’on a l’habitude d’écrire dans une grande liberté, s’adapte-t-on aux horaires à respecter chaque jour, aux suspensions de séances et surtout à la grande tension générale qui a entouré les débats ?

J’ai longtemps pensé qu’un écrivain n’avait rien à faire dans un tribunal ; à mes yeux, la littérature et la loi sont antagonistes. La loi, je la redoutais, elle m’aveuglait, comme dans la parabole de Kafka : en franchir la porte relevait de l’interdit, j’assimilais son pouvoir à celui de la sanction. Juger, punir : ces deux actes me répugnent. La loi est censée nous protéger ; mais au contraire je me suis toujours instinctivement protégé de la loi. Ainsi n’étais-je même jamais entré dans un tribunal. Quand Riss, le directeur de Charlie Hebdo, m’a proposé de passer deux mois et demi de ma vie à rendre compte du procès des attentats, j’ai compris que l’occasion m’était donnée de rompre mon propre tabou. 

Yannick Haenel et François Boucq, Janvier 2015, le procès, éditions Les Échappés, janvier 2021, 216 p., 22 €

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