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L’écrivaine reprend à zéro cette affaire d’enlèvement d’enfants juifs en 1953, qui fit grand bruit : embardées à prévoir. Par Pierre-Edouard Peillon

Le roman historique souffre souvent de sa situation délicate, obligé qu’il est de se tenir sur une crête entre l’anecdote et sa déformation, contraint de décalquer le passé tout en le barbouillant de romanesque. Etre simultanément transparent et haut en couleur, la chose n’est pas aisée. Peut-être vaut-il mieux donc partir d’un événement déjà strié de ­contradictions et de faux-semblants, comme dans Comètes et Perdrix, où Marie Cosnay se penche sur l’affaire Finaly.

Riche en duplicités et en ramifications, celle-ci s’étala entre 1945 et 1953. Elle concernait la garde de deux orphelins juifs, confiés à une résistante durant la seconde guerre mondiale. Laquelle refusa ensuite de les remettre à leur ­famille sous prétexte qu’ils avaient été baptisés entre-temps. Son refus s’enracinait dans un vieil antisémitisme : elle reprocha aux juifs d’être « une bande de lâches » ayant abandonné leurs enfants au pire moment. Comètes et Perdrix devient ainsi ­l’histoire d’un anachronisme : les deux garçons sont maintenus dans une certaine clandestinité comme si la menace rodait encore. Un abbé avoua ne rien comprendre « à ce qu’on fabrique avec ces enfants juifs à cacher alors qu’on est en 1953 ». Mais l’autrice du sidérant Cordelia la Guerre ou du fabuleux Epopée (L’Ogre, 2015 et 2018) s’intéresse précisément à cela : le préjugé comme fiction à la fois curieuse et dangereuse, comme manière de prolonger des situations historiques au-delà de leur date de péremption.

 

La narration de Comètes et Perdrix tracte de ce fait plus d’un poids mort : lesté par des scènes qui reviennent en boucle et criblé de flash-back, le récit s’élance ­depuis la traversée des Pyrénées ­imposée aux deux enfants le 12 février 1953, mais la majorité du ­roman se situe à des points chronologiques antérieurs. « Ah, la grande histoire, quand tu ­t’emmêles les pinceaux. » 

« Comètes et Perdrix », de Marie Cosnay, L’Ogre, 184 p., 19 €, numérique 10 €. Lire un extrait sur le site des éditions L’Ogre.

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