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Le programme que s’est fixé Rose-Marie Lagrave (née en 1944) est d’une extrême exigence : s’appliquer à elle-même les mêmes procédures d’objectivation qu’elle a utilisées pour étudier les autres en sociologue, non pour raconter sa vie mais pour produire du savoir. Son livre Se ressaisir n’est donc ni un récit autobiographique ni une auto-analyse, mais bien une étude d’une sociologue sur elle-même, une enquête austère, sans complaisance, qui examine un à un les éléments qui ont fait d’elle une « transfuge ». Par Philippe Artières 🔸

Ce parcours a conduit une petite fille d’une famille rurale bretonne à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), au centre de Paris, un des hauts lieux de l’université française. Rose-Marie Lagrave s’est prise elle-même comme sujet d’étude avec tous les risques que cela comporte (complaisance, biais affectifs… et bien sûr la fameuse « illusion biographique ») ; et principalement celui de ne pas trouver. Car, disons-le, l’une des grandes qualités de cet ouvrage à bien des égards singuliers, c’est que la chercheuse nous plonge au cœur de ses interrogations, à commencer par l’intérêt scientifique d’un tel projet. Ce doute est permanent et tend à rendre la lecture d’autant plus intéressante, car il ne s’agit pas pour l’autrice de monter sur le fil du funambule mais bien de traverser. De tenir debout, pour filer la métaphore du beau titre de l’ouvrage, Se ressaisir.

Rose-Marie Lagrave, Se ressaisir. Enquête autobiographique d’une transfuge de classe féministe. La Découverte, coll. « L’envers des faits », 438 p., 22 €

 

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