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Dans sa monumentale histoire des ruines, Alain Schnapp prend en compte les multiples formes de résistance à l’oubli, matérielles ou immatérielles. Les ruines désignent moins des objets que des processus mis en place par les sociétés pour penser leur inscription dans l’histoire. Par  Géraldine Sfez  🔸

À travers cet ouvrage aux dimensions imposantes et à la très belle iconographie, Alain Schnapp, archéologue et historien, fondateur et ancien directeur de l’Institut National de l’Histoire de l’Art, s’attache à retracer une histoire de la pensée des ruines. « Non pas une histoire de toutes les ruines dans toutes les sociétés, mais une tentative d’exploration stratigraphique de la pensée des ruines à travers des cultures diverses qui nous ont laissé des traces de leur intérêt ou de leur aversion pour le passé » (p. 10). C’est d’emblée en un sens délibérément très large qu’Alain Schnapp entend les ruines afin de prendre en compte, au-delà des vestiges matériels, les multiples façons dont les sociétés conçoivent leur rapport au passé. Dès les premières pages, en s’appuyant sur les réflexions de Chateaubriand dans Génie du Christianisme, l’auteur élargit donc le champ de la notion et introduit l’idée d’une pensée universelle des ruines qui ne se limite pas aux monuments mais inclut aussi les traces et les constructions immatérielles. À l’instar de l’auteur des Mémoires d’outre-tombe pour qui la fascination exercée par les ruines est due à « une conformité secrète entre ces monuments détruits et la rapidité de notre existence »,  Schnapp décèle chez tous les hommes :

"un secret attrait pour les ruines, même ceux qui n’utilisent pas le mot. Je ne veux pas dire que la notion de ruine est consubstantielle à toutes les sociétés, mais que son absence éventuelle, voire son rejet, est un trait culturel qui mérite examen. J’entends donc par histoire universelle des ruines un questionnement des différences, et non une échelle de valeur graduée des sociétés « ruinistes » aux sociétés sans ruines." (p. 36)

 

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