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La discipline historique subit aujourd’hui le double assaut du nationalisme politique et de l’idéologie identitaire. L’universalisme y est-il pour autant la juste parade ? Par Olivier Fressard

L’historien indien Sanjay Subrahmanyam est connu en particulier pour ses travaux d’histoire de l’empire portugais en Asie. Sa biographie de Vasco de Gama   a été particulièrement remarquée. Il enseigne aujourd’hui dans une université américaine et occupe la chaire Histoire globale de la première modernité au Collège de France.

Dans sa leçon inaugurale pour cette chaire, Subrahmanyam ébauchait une généalogie à travers le temps de ce qu’on appelle depuis trois à quatre décennies l’histoire globale   . Rappelons ici en quelques mots que l’histoire globale est née en réaction à l’histoire écrite de manière privilégiée du point de vue national et, en particulier, européen. En dépit, toutefois, de ce que laisse entendre cette dénomination, il s’est moins agi de travailler à une histoire universelle que de changer de perspective. Selon le célèbre mot d’ordre de Dipesh Chakraberty, il a été aussi question de « provincialiser l’Europe » pour écrire l’histoire du point de vue des sociétés ou civilisations, des Etats ou empires non-occidentaux. Il s’est agi, partant, de relativiser le point de vue européen sur l’histoire et de restituer ou rendre visible celui des peuples colonisés, dominés, opprimés ou, tout simplement, ignorés par l’historiographie occidentale. Si l’histoire globale s’est naturellement penchée sur les processus en cours de globalisation du monde, elle a surtout mis l’accent sur l’ensemble des phénomènes d’interconnexion entre sociétés, sur les échanges et les hybridations ou métissages. Elle a été conduite, de cette façon, à remettre en cause les chronologies établies et les découpages traditionnels entre aires culturelles. Au sein des différents courants de l’histoire globale, issus de divergences et de polémiques diverses, Subrahmanyam représente l’histoire connectée, qu’il a contribué à théoriser   .

 

Faut-il universaliser l'histoire ? Entre dérives nationalistes et identitaires. Sanjay Subrahmanyam. 2020. CNRS. 150 pages.15,00€
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