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Dans Jane, un meurtre, Maggie Nelson compose un ensemble de poèmes autour de l’assassinat de sa tante. Mais ce qu’elle ignorait en l’écrivant, c’est que le coupable finirait par être identifié, et jugé : ce qu’elle raconte dans Une partie rouge, qui rassemble les morceaux de cette douloureuse histoire. Par Lise Wajeman 🔸

«Une jeune femme en 1967,/ une autre en 1968.// Jane en mars 1969.// La suivante tout juste quatre jours plus tard –/ puis une en avril,// une en juin,/ une en juillet. »

Cette liste poétique est celle de femmes assassinées ; parmi lesquelles Jane Mixer, la tante de l’écrivaine Maggie Nelson. L’auteure n’était pas encore née en 1969, quand Jane, alors étudiante en droit, a décidé de rentrer chez elle pendant les vacances universitaires. Partie en covoiturage, elle n’est jamais arrivée. Son cadavre a été découvert par une femme au foyer, qui est encore honteuse de le raconter lorsqu’elle vient témoigner au procès de l’assassin, trente-cinq ans plus tard.

Quand le procès commence, en 2005, Maggie Nelson est sur le point de publier un long poème sur la mort de sa tante, auquel elle a consacré cinq années de recherches : Jane, un meurtre. Elle y croise des extraits du journal que tenait la jeune femme, des passages du rapport d’autopsie, avec des propos tenus par des proches, ou des souvenirs de son enfance, le tout en vers libres, comme une façon d’être à l’écoute. Car, citant William James, Maggie Nelson rappelle : « Il suffit de bien/ tendre l’oreille,/ a dit James,// pour entendre/ le rythme/ de cette douleur. »

Mais alors que son livre est achevé, l’écrivaine apprend que le dossier du meurtre est rouvert : comme le lui fait remarquer avec humour l’inspecteur en charge de l’affaire, elle n’était pas, contrairement à ce qu’elle pensait, la seule à enquêter encore sur le crime, et un nouveau suspect a été identifié. Il s’avère que l’assassinat de Jane Mixer n’était pas le fait du « serial killer du Michigan », John Norman Collins, mais d’un ancien infirmier, Gary Earl Leiterman, inconnu des services de police jusqu’alors.

Une partie rouge (The Red Parts) sera le récit, en prose cette fois, du procès, de la manière dont il percute l’histoire familiale, et de la fascination inquiétante qu’exercent « les morts bizarres et violentes de jolies jeunes femmes blanches issues des classes privilégiées ». Les Éditions du sous-sol rassemblent aujourd’hui en un unique volume les deux textes tête-bêche : Une partie rouge, traduit par Julia Deck, qui avait été publié une première fois en 2017, et Jane, un meurtre, jusqu’ici inédit en français, traduit par Céline Leroy.

 

Maggie Nelson, Jane, un meurtreUne partie rouge, traduit de l’anglais (États-Unis) respectivement par Céline Leroy et par Julia Deck, Éditions du Sous-sol, 448 p., 23 €

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