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Son œuvre est souvent réduite à « 1984 » et à « La Ferme des animaux ». Pourtant, ses essais et articles permettent d’éclairer notre époque, du totalitarisme chinois aux  « faits alternatifs ». Par  🔸

« A cinquante ans, chacun a le visage qu’il mérite », écrivait George Orwell. Soixante-dix ans après sa mort, le sien est devenu une icône. La Ferme des animaux (1945) est un classique qui décrypte le totalitarisme et sa mécanique, 1984 est un best-seller planétaire qui éclaire aussi bien la surveillance numérique mondialisée que l’ère de la « post-vérité ». La novlangue ou Big Brother ont pénétré le langage courant ; les notions de « décence ordinaire » et de « double pensée » ont gagné le monde des idées. Si le XIXe siècle fut balzacien, le XXe kafkaïen, le XXIe siècle est devenu orwellien.

Sa figure de reporter antitotalitaire et d’écrivain visionnaire est devenue un véritable étendard. Pour beaucoup, Orwell est une vigie, un phare. Sans compter son héritage sans testament que se disputent populistes et anarchistes, conservateurs et progressistes. Une captation politique notamment opérée par une droite intellectuelle déboussolée par l’effondrement du monde d’hier, qui cherche en George Orwell – que le philosophe Jean-Claude Michéa qualifia d’« anarchiste tory » (le titre de son livre paru en 1995) et qui fut particulièrement sensible à la « décence ordinaire » des classes populaires – un support à sa rhétorique réactionnaire. Une récupération idéologique grossière, mais révélatrice des techniques de falsification du passé qu’Orwell avait lui-même débusquées, puisqu’il ne cessa de répéter que chacune des lignes qu’il avait écrites depuis 1936 l’était « contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique ».

 

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