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À l’heure de la communication, l’éloquence politique est réduite à la capacité de trouver une « petite phrase » qui sera reprise en boucle. L’art de la parole paraît désormais réservé aux prétoires – où n’entrent pas les médias audiovisuels. Et pourtant le succès de certains politiques est clairement dû à leur éloquence, preuve que l’on y est sensible même si l’on ne sait pas à quoi elle tient. L’actualité éditoriale produit à ce sujet des rapprochements frappants. D’un côté, Gallimard publie, dans une collection destinée à un vaste public, une anthologie de textes latins, célèbres quoique peu lus, théorisant la figure de l’orateur. De l’autre, les éditions Honoré Champion publient une thèse ayant pour sujet l’éloquence de Saint-Just, dont la première partie est consacrée à un commentaire d’un autre grand texte théorique sur l’éloquence, le traité Du sublime longtemps attribué à Longin. Trois textes latins, un texte grec ; des deux côtés, des livres qui furent abondamment commentés et exercèrent une influence profonde et durable. Par Marc Lebiez 🔸

Les raisons du succès d’une grand écrivain sont multiples et variées, la beauté de son style n’étant qu’une parmi d’autres possibles, et pas toujours mise au premier plan. Nombre d’aficionados de Balzac s’accordent à juger que celui-ci écrirait mal ; ils auraient d’autres raisons que son style de se plonger avec délices dans La Comédie humaine. Il n’en va pas de même à propos de l’éloquence politique. La phrase que l’on se répète peut être jugée pernicieuse mais on se la répète, reconnaissant ainsi en acte qu’elle a fait mouche. Quelque détestable que je juge tel homme politique, je ne peux nier son éloquence puisque je constate l’efficacité de ses paroles. Je perçois le caractère sophistique de son raisonnement et je déplore qu’il convainque ses électeurs – mais je vois qu’il a emporté une large adhésion. Puisque c’est, en politique, le seul critère qui vaille, il faut admettre qu’il parle bien, le plus déplaisant étant l’efficacité de procédés comme celui consistant à prendre les mots à contresens. Sans doute ne suffit-il pas de martyriser la langue pour être entendu, mais le chatouillement de l’oreille a réveillé les sens et l’attention. Tout est dans la mesure car abuser d’un procédé transforme le chatouillement en irritation et lasse.


Cicéron, Quintilien, saint Augustin, L’invention de l’Orateur. Anthologie traduite et présentée par Patrice Soler. Gallimard, coll. « Tel », 492 p., 18 €
Anne Quennedey, L’éloquence de Saint-Just à la Convention nationale. Un sublime moderne. Préface de Jean Dagen. Honoré Champion, 538 p., 78 €
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