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Il est convenu d’entendre le chant du cygne de la philosophie antique au IIe siècle de notre ère. Après Épictète et Marc Aurèle, il ne faudrait plus considérer comme pensée vivante que celle des chrétiens. Au lieu de percevoir l’éclat d’une brillante philosophie grecque entre le IIIe et le Ve siècle, on fait comme s’il n’y avait là que l’ultime décadence d’une pensée moribonde. La raison ou les dieux de Pierre Bouretz a le mérite de faire découvrir la grandeur de ce mouvement philosophique. Par Marc Lebiez 🔸

Un des paradoxes de l’affaire est que les principaux lecteurs de ces divers auteurs qui ont refusé le christianisme sont justement des chrétiens. C’est à l’Institut catholique de Paris (« la Catho ») qu’on a le plus de chances de rencontrer un spécialiste de Proclos – dont le nom grec a été latinisé au Moyen Âge par ses lecteurs catholiques. L’Église a trouvé là des penseurs dont le supposé mysticisme lui paraissait familier. Il se trouve de surcroît qu’avec La Cité de Dieu d’Augustin, le texte le plus influent dans l’Église médiévale aura été le corpus de traités connus sous le nom pseudépigraphe de Denys l’Aréopagite. L’auteur de ces traités a traduit en langage chrétien le système proclien, moyennant quoi l’Église a reconnu dans « Proclus » une inspiration proche de la sienne.

La mauvaise réputation des philosophes globalement qualifiés de « néoplatoniciens » tient d’abord au fait que la plupart de leurs textes se présentent sur le mode du commentaire, qui passe pour une forme décadente. En outre, ils sont suspectés d’entretenir une relation trouble avec des formes de religiosité qui nous sont devenues incompréhensibles et donc nous choquent. Sur le premier point, on pourrait répondre que le commentaire est un trait général du mode de pensée de cette époque qui a aussi vu l’éclosion du mouvement talmudique et celle des Pères de l’Église. Pourtant, ni les talmudistes ni les fondateurs de la doctrine chrétienne ne sont perçus comme décadents, au contraire. Les néoplatoniciens font avec le texte platonicien ce que les talmudistes font avec la Torah et les Pères de l’Église avec l’enseignement christique.


Pierre Bouretz, La raison ou les dieux. Gallimard, 608 p., 30 €

 

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