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Il aimait Voltaire et les combats contre l’obscurantisme. Leonardo Sciascia déchiffra la Sicile comme un concentré de scandales et de violences, mais aussi comme un symbole des processus à l’œuvre dans l’Italie chaotique des années 1970. Il choisit souvent, pour mener ses enquêtes, la forme du roman policier, et sut toujours susciter la jubilation de l’esprit. Par Anthony Burlaud 🔸

Sur sa pierre tombale, Leonardo Sciascia, mort en 1989, fit inscrire une phrase empruntée à l’écrivain Auguste de Villiers de L’Isle-Adam : « On s’en souviendra, de cette planète ». Trente ans après sa mort, la planète se souvient-elle de Sciascia ? En Italie, célébrations, émissions et colloques, placés sous le haut patronage de quelques sommités politiques, ont marqué son centenaire. En France, celui-ci semble être passé presque inaperçu, malgré quelques initiatives éditoriales.

Cet oubli est d’autant plus fâcheux que la France a longtemps fait la part belle à Sciascia. Grâce à Maurice Nadeau et à quelques autres, il a été tôt traduit, lu et reconnu de ce côté-ci des Alpes. Surtout, cette seconde patrie — où il envisagea même, à la fin des années 1970, de s’établir — lui avait fourni quelques-uns de ses écrivains favoris : Voltaire, Paul-Louis Courier, Stendhal. Et, pour un lecteur de la trempe de Sciascia — grand ruminateur de textes, collectionneur de citations, philologue et éditeur à ses heures, convaincu qu’un livre est « une forme d’approche du bonheur » et une bibliothèque, une ressource vitale en même temps qu’un arsenal —, cette prédilection littéraire était aussi un choix existentiel. Ces écrivains-là l’aidaient à s’orienter.

 Deux recueils de textes inédits : Leonardo Sciascia, Stendhal for ever. Écrits, 1970-1989, Institut culturel italien, coll. « Cahiers de l’hôtel de Galliffet », Paris, 2020, 194 pages, 16 euros, et Leonardo Sciascia, Portrait sur mesure, Nous, Caen, 2021, 192 pages, 18 euros. Ainsi qu’une republication : Leonardo Sciascia, Le Chevalier et la Mort, Sillage, Paris, 2021, 112 pages, 9,50 euros.

 

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