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Liberté d'expression et liberté d'opinion sont des principes sanctuarisés en droit français, mais aussi dans la tradition politique et l'imaginaire collectif. Problème : l'antisémitisme et le racisme relèvent d'une loi sur la presse de 1881 qui a longtemps ralenti l'interdiction en actes. Par Chloé Leprince 🔸

Ce qui reste comme "l'affaire Sarah Halimi" après le meurtre de cette directrice de crèche retraitée, assassinée chez elle, à Paris, le 4 avril 2017, a soulevé une vive émotion, ravivée par la décision de la Cour de cassation de confirmer l’irresponsabilité pénale de son assassin. C’était le 14 avril 2021, et aussitôt après, des voix se sont élevées pour appeler à durcir le droit, à faire sauter le verrou de l’irresponsabilité pénale, ou encore à rendre la législation contre les actes antisémites plus stricte - en la sortant par exemple des crimes susceptibles de tomber sous le coup de cette irresponsabilité. En filigrane, c’est bien la question d’un traitement spécifique d’un assassinat éminemment violent qui s’est posée, dès lors que Sarah Halimi était juive. 

Pour ceux qui soupçonnent son meurtrier de l’avoir tuée en tant que juive, y compris dans le cadre d’une bouffée délirante, voir que l’irresponsabilité pénale peut s’appliquer dans la mesure où sept experts se sont prononcés à l'unisson au procès demeure inacceptable. L’histoire du sort judiciaire de l’affaire Sarah Halimi pose la question de la façon dont se juge l’antisémitisme en France. Historiquement et depuis son origine, le contentieux du racisme et de l’antisémitisme a quelque chose d’un droit funambule. Il est en fait adossé au registre de l’opinion, de ce qui est dicible ou publiable - et ce qui ne l’est pas. Il n’existe pas de crime antisémite, ou d’agression raciste, mais seulement des circonstances aggravantes. Ces circonstances aggravantes ont été généralisées sous l’impulsion de Christiane Taubira, ministre de la Justice de François Hollande, après les attentats terroristes de janvier 2015. A l’époque, on pouvait par exemple être plus sévèrement puni pour un meurtre, des violences et par exemple la torture, ou des menaces qui relèveraient explicitement du racisme ou de l’antisémitisme, mais notamment pas pour du harcèlement sexuel ou moral dont le prévenu se serait distinctement rendu coupable envers une personne en raison de son origine, ou de sa religion.

 

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