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La première fois c’était il y a 25 ans, j’avais vingt ans. Je venais d’arriver à Paris, j’étais un cliché ambulant qui venait de sa province pour faire comédien acteur dans la capitale, qui rêvait d’une vie meilleure quoi, obscurément changer de vie. Je venais de commencer le cours Florent, je n’avais pas un rond, pas d’adresse fixe, il m’arrivait même de dormir dans des parcs, je prenais mes douches chez des amants de passage ou aux Bains Publics, parfois aux douches de la Gare Montparnasse. Bref je n’avais que de l’espoir et ce panache que confère l’inconscience aux jeunes êtres. Pour survivre je faisais la pute, de temps en temps, always un peu pute sur les bords, un peu pretty woman, un peu pretty young boy walking down the streets. J’allais à Porte Dauphine puis j’ai compris que ça se passait aussi dans les carrés VIP des boîtes de nuit et dans les halls des grands hôtels.

Là, cette première fois, j’ai rendez-vous au Royal Monceau avec un chic type, un comte, comte Untel de Untel, je dis chic car il aimait aussi m’écouter parler, et il parlait lui aussi, de son métier la grande finance, et il me racontait ses pays, Dubaï, New-York, et il aimait que j’aime Duras alors je lui parlais de Duras, et ce que je ne savais pas de Marguerite je l’inventais. J’ai beaucoup appris de Marguerite en l’inventant. Ce soir-là il a beaucoup de retard, il me dit d’aller au resto italien de l’hôtel, commande ce que tu veux je t’y retrouve. J’y vais. Grande salle, grands lustres Murano, un hall des Roches Noires ou une pièce de réception de l’ambassade des Indes à Lahore ou ailleurs, on se tricote le désir et le paysage comme on peut. Grande salle donc, décor dix-huitième siècle épuré, des tons bleu clair, un peu de Starck. Ce sera sur la note de Monsieur. Les tables sont très espacées. Je suis seul. Puis je ne suis plus seul, elle arrive. Charlotte R. Elle s’installe en face, à quatre mètres environ, chemise blanche avec un peu de dentelle, blazer bleu marine, elle commande des pâtes arrabiata. 

Charlotte Rampling dans le film d’Andrea Pallaoro, « Hannah » © JOUR2FÊTE
Olivier Steiner    Le journal d'Olivier Steiner, Portraits
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