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Les indiens convertis au christianisme par les Jésuites européens se montraient enthousiastes mais “inconstants”. S’ils s’ouvraient aux cultes étrangers, c’était plutôt, selon Viveiros de Castro, par tradition cannibaliste que par “foi”. Par Anthony Manicki & Juliette Tran 🔸

Lévi-Strauss avait-il raison de dire que les Indiens accueillirent les Européens comme s’ils les avaient attendus depuis toujours, parce que leur vision du monde requérait l’altérité, un peu comme une pièce de puzzle à creux attend une pièce à excroissance ? L’histoire de l’évangélisation des Indiens du Brésil par les Jésuites portugais s’écarte de l’habituelle alternative entre résistance et absorption. Comme le montre Eduardo Viveiros de Castro, les Indiens accueillirent les paroles d’Évangile avec enthousiasme, mais sans jamais vraiment y croire. De là naquit la réputation d’inconstance de l’âme sauvage.

Labor et Fides publie L’Inconstance de l’âme sauvage de l’anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro, auteur déjà connu en France pour Métaphysiques cannibales. Cette publication donne l’occasion à un public francophone et non spécialiste de découvrir un texte familier des anthropologues américanistes qui touche à l’histoire, aux sciences sociales et à la philosophie. L’auteur propose une analyse de l’ethnographie brésilienne moderne et une théorie sociale du cannibalisme tupinamba, ethnonyme qui désigne divers groupes indiens de la côte brésilienne aux XVIe et XVIIe siècles. Pour ce faire, il cite abondamment et commente un riche corpus de littérature coloniale, et l’un des intérêts du livre est d’ailleurs de faire découvrir au lecteur francophone la littérature jésuite portugaise de l’époque moderne (José de Anchieta, Manuel da Nóbrega, etc.). 

Eduardo Viveiros de Castro, L’Inconstance de l’âme sauvage : catholiques et cannibales dans le Brésil du XVIe siècle, Genève, Labor et Fides, 2020. Préface de Daniel Barbu et Philippe Borgeaud. Traduit du portugais (Brésil) par Aurore Becquelin et Véronique Boyer. 184 p., 16 €.

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