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L’écrivaine américaine propose un recueil de nouvelles étincelantes, qui illustrent l’incapacité de chacun à échapper à l’absurdité de l’existence. Par Florence Noiville 🔸

C’est une histoire édifiante, une interrogation de Dieu lui-même, qui fournit à Nicole Krauss le fil rouge de son nouveau livre, Etre un homme – au sens d’être un humain. A sa mort, le grand rabbin Zoucha comparaît devant le tribunal divin. Il attend son jugement avec anxiété et un peu de honte : la honte de n’avoir été « ni Moïse ni Abraham ». Or, lorsque Dieu se montre enfin, Il lui demande simplement : « Pourquoi n’as-tu pas été Zoucha ? »

Etre ou ne pas être soi. Telle est la question – terrible, destructrice, lancinante – qui traverse les dix nouvelles de ce recueil. L’histoire du rabbin s’arrête là. Mais dans « Zoucha sur le toit », l’écrivaine américaine lui invente une suite. Dieu disparaît et Zoucha, resté seul, chuchote pour lui-même : « Parce que j’étais juif et qu’il n’y avait plus de place pour être quoi que ce soit d’autre, pas même Zoucha. »

On ne connaissait pas Nicole Krauss en nouvelliste. Pas vraiment. On l’avait lue, certes, ici ou là, dans le New Yorker, dans Esquire – où furent publiés, entre 2012 et 2019, la plupart de ces courts récits. On y avait retrouvé la grâce et l’intelligence de ses romans, L’Histoire de l’amour (Gallimard, 2006), La Grande Maison et Forêt obscure (L’Olivier, 2011 et 2018). Mais on ne soupçonnait pas la puissance qui se dégagerait de ses nouvelles mises bout à bout. Lues à la suite. Chronologiquement. Les réverbérations, les échos. Comme dans une série de variations musicales d’une cohésion et d’une virtuosité étonnantes.

« Etre un homme » (To Be a Man), de Nicole Krauss, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Paule Guivarch, L’Olivier, 272 p., 22,50 €, numérique 16 €.

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