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Par Ernest London. Le bibliothécaire-armurier. Si la lutte peut être source de joie, comme « aventure collective à l’issue incertaine », « accroissement soudain du pouvoir partagé », « ouverture phénoménale des possibles », « sentiment profond de prendre part au monde comme jamais », l’incapacité à trouver des façons d’avancer peut aussi susciter rage, déception et frustration, comme l’explique Juliette Rousseau, la traductrice et l’éditrice de ce livre, dans sa préface. Nick Montgomery et carla bergman traquent ce qu’ils nomment le « radicalisme rigide » : « la fabrication infinie d’impératifs et de devoirs, la culpabilité lorsque l'on ressent de la peur et de la solitude, l'affrontement des point de vue politiques qui requiert un.e gagnant.e et un.e perdant.e, etc. » Ils l’analysent, le définissent, tentent de lui opposer une critique pour affirmer et défendre la multiplicité de façons d’être autrement.

Dans beaucoup de courants radicaux, notamment de tendance marxiste, la théorie radicale indique la direction de la lutte et dirige la pratique, ou alors elle est une critique du monde, des autres théories et pratiques. Mais la théorie peut aussi « explorer les liens et poser des questions ouvertes ». Ce qu’ils cherchent n'est pas « une nouvelle critique ni un nouveau positionnement mais un processus » : « Nous voulons un genre de théorie qui participe à la lutte et à l'accroissement du pouvoir collectif plutôt qu'à la diriger et l'évaluer depuis l'extérieur. Nous sommes à la recherche d'un genre de théorie critique mais aussi affirmative. » Ils empruntent à Baruch Spinoza « qui a conceptualisé un monde dans lequel tout est interconnecté et en devenir » et pour qui « l’ enjeu central de la vie est de devenir capable de nouvelles choses avec d’autres » par la joie, à Friedrich Nietzsche, Gustav Laudauer, Michel Foucault, Gilles Deleuze, le Comité invisible,… Le concept de joie chez Spinoza n'est ni une émotion ni une philosophie morale, mais « la capacité à faire plus et ressentir plus », une aptitude à accueillir l’incertitude. Ils prônent un « militantisme joyeux », « un engagement opiniâtre pour les formes de vies émergentes dans les failles de l’Empire, et les valeurs, responsabilités et questions qui les alimentent ».


JOIE MILITANTE
Construire des luttes en prise avec leurs mondes
carla bergman et Nick Montgomery
Traduction Juliette Rousseau
290 pages – 16 euros
Éditions du Commun – Rennes – Janvier 2021

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