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La philosophe américaine revient, dans un entretien au « Monde », sur la question des vies vulnérables, du deuil, de la commémoration, qui guide son travail depuis une autre pandémie, celle du sida, lui inspira le concept de « grievability », ces vies « pleurables » ou non par la société. Par Valentine Faure. Traduit de l’anglais par Pauline Colonna d’Istria 🔸

Philosophe et professeure de littérature comparée à Berkeley (Californie), Judith Butler est au moins aussi célèbre pour son Trouble dans le genre, paru en 1990 (mais seulement traduit en France en 2005), que pour son style ardu qui rend les résumés malaisés. Ardu, voire « exaspérant », écrivait la philosophe américaine Martha Nussbaum dans un texte en effet exaspéré : « Ebloui par sa patine d’abstraction de haut niveau, le lecteur imaginé pose peu de questions, n’exige aucun argument et aucune définition claire des termes. »

Serait-ce par son inaccessibilité même, c’est-à-dire au prix de malentendus, que Judith Butler a pu devenir une des philosophes les plus célèbres de son époque ? C’est l’un des mérites du Vivable et l’invivable (PUF, 96 p., 11 euros), paru le 12 mai, issu d’une conversation avec le philosophe Frédéric Worms à l’Ecole normale supérieure : donner à voir le propos de façon accessible.

La rencontre, qui date de 2018, au plus haut de la crise migratoire, se révèle d’une pertinence étonnante dans le contexte de la pandémie de Covid-19, qui a prouvé « l’interconnexion fondamentale » dont Butler parlait alors : « Ma vie est étroitement liée à la tienne sans que nul contrat ne le stipule. Elle est aussi liée à la vie d’autres individus que je ne connais pas, dont je ne parle pas la langue, et qui habitent très loin de moi. »

FANNY MICHAËLIS

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